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Jeudi 08 janvier 2009

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De l'immobilier à l'artisanat : histoire d'une reconversion professionnelle réussie


Entretien avec Isabelle Souppe, futur artisan joaillier.


Après une carrière dans l’immobilier, cette créatrice s’est reconvertie dans la fabrication artisanale de bijoux haut de gamme. Son parcours a commencé par une formation technique en joaillerie. Puis elle a testé le potentiel commercial de l’activité grâce au dispositif de couveuse d’entreprise de la Boutique de gestion de Paris.

Dans quel secteur avez-vous choisi de vous reconvertir ? Et comment avez-vous procédé ?


Isabelle Souppe :
J’ai choisi le statut d’artisan joaillier. J’ai suivi un CAP des métiers d’art du bijou et du joyau à l’école de la Chambre syndicale de la bijouterie/joaillerie de la rue du Louvre. En choisissant cette école prestigieuse, j’étais sûre d’avoir une formation solide, et c’était également un atout supplémentaire sur ma carte de visite. J’ai fait cette formation dans le cadre d’un congé individuel de formation (CIF).

Après avoir obtenu mon CAP, je me suis spécialisée en joaillerie.

Comment avez-vous eu l'idée de vous reconvertir dans la fabrication de bijoux artisanaux ?


Isabelle Souppe :
C’est un métier que je voulais faire depuis l’adolescence. Mais il fallait un CAP et ce type de formation était mal vu à l’époque, ce n’était pas assez intellectuel !

Après un cursus universitaire, j’ai travaillé pour une société d’affaires en immobilier où j’ai fait de la gestion d’entreprise pendant dix-sept ans.

À l’époque où cette société rencontrait des difficultés, j’ai pressenti un licenciement économique. J’ai estimé que c’était le moment ou jamais de concrétiser mon rêve…

J’ai obtenu un CIF et ainsi j’ai pu suivre ma formation pendant une année. À mon retour en entreprise, j’ai été licenciée. J’ai alors commencé à travailler sur mon projet de création d’entreprise, tout en continuant ma formation.

J’ai tout prévu : la clientèle que je voulais toucher, l’étude de marché, les bilans prévisionnels… Finalement, l’ANPE a financé une évaluation de mon projet (EPCRE) par un cabinet de conseil dont l’avis a été positif.

Vous avez choisi un hébergement provisoire au sein d'une couveuse. Pourquoi avoir choisi cette solution avant de vous installer comme artisan ?


Isabelle Souppe :
J’avais surtout besoin de me rassurer. La couveuse m’a ainsi permis de tester mon projet et sa viabilité.

J’avais aussi besoin d’être conseillée au niveau commercial et en marketing. Le volume des ventes n’était pas suffisant pour démarrer tout de suite. J’aurais été acculée rapidement.

Alors j’ai découvert ce système de couveuse d’entreprise qui permet d’être « entrepreneur à l’essai ». Une fois entrée dans une couveuse d’entreprise, on bénéficie de son numéro d’immatriculation. Il devient possible de facturer et d’acheter, le temps de tester l’activité.
En revanche la couveuse sélectionne des projets déjà construits. Il faut avoir des avancées concrètes au niveau commercial, être sur le point de facturer. Je suis passée devant un jury qui a accepté mon projet et j’ai alors pu démarrer par étapes : commercialiser, me faire connaître, rassurer mes fournisseurs tout en ayant un statut social.

Quels soutiens vous a apportés la couveuse ?


Isabelle Souppe :
J’ai réalisé un peu de chiffre d’affaires dans la couveuse, mais très peu.
Cela m’a surtout permis de me positionner par rapport au marché et d’avoir une action commerciale efficace, notamment en participant à des salons professionnels.

J’ai aussi suivi une petite formation à l’export proposée par la couveuse, puisque j’envisage d’exporter un jour.
Et puis j’ai été soutenue par un conseiller que je rencontrais chaque mois pour faire le bilan de l’activité et l’orienter de la meilleure manière possible.

Comment travaillez-vous ?


Isabelle Souppe :
Mon atelier se trouve chez moi. En revanche, je reçois mes clients dans un bureau loué à l’heure dans des ateliers parisiens de joaillerie, chez certains de mes fournisseurs. Cette formule a l’avantage de pouvoir leur montrer la fabrication d’un bijou.

Je sous-traite environ 10 % de la fabrication d’une pièce à des ateliers de sertisseurs, polisseurs et d’autres artisans joailliers.
Le terme de « joaillerie » regroupe en réalité plusieurs métiers très pointus et complémentaires, comme le travail du métal ou la préparation de la mise en pierre.

Comment vous faites-vous connaître ?


Isabelle Souppe :
Mes clients sont surtout des particuliers que je rencontre dans des salons et grâce aux relations que je me suis faites dans ma précédente profession, de bouche à oreille.
Par ailleurs le fait d’être primée dans un concours national m’a valu des articles dans la presse spécialisée avec des photos de mes pièces.

Quels conseils donneriez-vous à un créateur qui souhaite se lancer dans cette activité ?


Isabelle Souppe :
C’est un métier difficile, il faut en être conscient. Ce n’est pas un produit d’absolue nécessité, donc dès qu’il y a une crise économique, les ventes sont touchées de plein fouet. Il faut alors travailler avec une vraie qualité technique et ne pas se lancer sans formation.

Ces métiers demandent une « intelligence des mains », cela ne s’improvise pas, et la volonté de construire des relations : la joaillerie est une corporation ancienne. Donc le travail est resté très traditionnel et il y a une grande solidarité. C’est quelque chose d’assez rassurant.

Est-ce que votre approche de la création d'entreprise est différente après cette expérience ?


Isabelle Souppe :
Il y a une évolution certaine entre la manière dont j’envisageais les choses il y a 15-16 mois et la manière dont je travaille maintenant.

Avant, j’orientais plus mon travail sur du bijou fantaisie haut de gamme, c’est-à-dire en argent, en bronze et pierre d’ornement. Finalement je me suis rendu compte que les gens venaient plus vers moi pour de la joaillerie. Ils recherchent bien sûr la belle matière, mais aussi le bijou très personnalisé que personne d’autre ne portera.

Pensez-vous créer bientôt votre entreprise ?


Isabelle Souppe :
Oui, je suis d’ailleurs en train de quitter la couveuse. Il me reste à signer ma demande de prêt auprès de ma banque, déposer mon dossier ACCRE et faire mes formalités auprès des douanes puisque ce métier est réglementé. Et enfin, régler mes démarches administratives auprès du centre de formalités des entreprises de la chambre de métiers et de l’artisanat.

[ En savoir plus ]


Voir les définitions suivantes :
* Qu'est-ce qu'une couveuse ?
* Qu'est-ce que l'ACCRE ?
* Qu'est-ce que l'évaluation préalable à la création d'entreprise (EPCRE) ?
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