Discours
de
Patrick Devedjian
Président du Conseil général des Hauts-de-Seine
Inauguration de l’exposition
« Infiniment Indes »
Musée Albert-Kahn
Boulogne
16 juin 2008
Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames et messieurs,
L’inauguration de cette superbe exposition me donne l’occasion de vous dire quelques mots sur l’ambition culturelle que j’ai pour notre département et la place centrale qui sera donnée au Musée Albert-Kahn au sein de mon projet.
Il s’agit de créer La Vallée de la Culture qui a pour vocation de donner une cohérence à la politique culturelle du département ; d’en devenir la marque, au sens de marque déposée, en somme de définir l’identité culturelle des Hauts-de-Seine.
Ce sera sans doute le premier projet culturel d’envergure pensé en termes de territoire, et non en termes d’équipements.
Quelques Hauts lieux du département seront les piliers sur lesquels l’ensemble de notre politique culturelle viendra s’articuler. Tous ayant cette caractéristique commune d’être riverains des berges de la Seine.
Nous voudrions recréer l’esprit d’une exposition universelle permanente au sein d’un parcours culturel reliant le Parc de St Cloud, l’Île de Monsieur, l’Île Seguin, la manufacture de Sèvres, le musée de la Céramique et, bien entendu, le Musée Albert-Kahn… Et bien d’autres sites encore.
J’ai confié à Daniel Janicot le soin d’affiner ce concept.
Gilles Baud-Berthier et son équipe d’Albert-Kahn travaillent depuis plusieurs mois à notre ambitieux projet de réhabilitation et de transformation de ce site.
Ce projet que nous sommes en train de dessiner ensemble, sera en quelque sorte le premier acte institutionnel de La Vallée de la Culture.
Il prévoit de scinder le musée en 3 pôles :
Un pôle image. Comme vous le savez sans doute, la collection Albert-Kahn, riche de plus de 72 000 plaques constitue le plus important fonds de photographies autochromes du monde. Documents qui sont d’ailleurs actuellement en cours de numérisation. Nous envisageons la construction d’un nouveau bâtiment pour abriter cette collection et faciliter, au travers des technologies les plus sophistiquées, sa présentation au public.
Un pôle jardin, cela va de soi, qui verra la création d’un jardin zen et d’une collection de bonzaïs. L’occasion de rendre à la serre sa vocation originelle.
Enfin, un pôle Japon. Albert Kahn, comme les locaux d’habitation et le jardin japonais en témoignent, entretenait avec le Japon des relations privilégiées. Nous avons le projet de reconstituer la pagode telle qu’elle existait à l’époque et d’y
présenter dans des expositions permanentes et temporaires, l’art, la culture et la civilisation japonaise.
Et puis, c’est aussi la vie d’Albert Kahn qui sera racontée dans ce musée du 21ème siècle. Un musée qui ne sera pas fait pour les conservateurs mais pour les visiteurs. Un musée à la fois didactique et ludique.
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Albert Kahn, c’est un être d’exception au destin d’exception.
Albert Kahn fait partie de ces hommes qui éprouvent la nécessité de rendre quelque chose à la société qui leur a permis de s'épanouir dans la réussite.
Ses dons, il les a mis à profit dans le domaine de la banque.
Mais ses profits, il en a fait don à l’humanité en entreprenant cette œuvre prodigieuse d’archivage de la planète.
Il avait aussi le don de faire des rencontres. Et déjà la chance d’avoir eu le philosophe Henri Bergson comme répétiteur au collège.
C’est peut-être ce qui a contribué à développer chez lui un autre talent, celui de la philanthropie.
Il pressentait un monde en pleine mutation, mais un monde pressé, prêt à perdre la mémoire.
C’est en effet inouï de penser que c’est un particulier qui a entrepris seul, et à sa charge, d’envoyer entre 1909 et 1931, une cinquantaine d’opérateurs et de photographes pour aller fixer les ultimes témoignages d’un monde en voie
de disparition.
Cet homme qui a créé le premier centre de médecine préventive, mis en place des bourses d’études Autour du Monde, entreprend alors de constituer cette mémoire iconographique des sociétés, et en particulier des sociétés traditionnelles.
C’est cette Inde, photographiée et filmée entre 1913 et 1915 par Stéphane Passet et Roger Dumas, qui nous est présentée aujourd’hui à travers les 150 autochromes et les films qui constituent cette exposition.
Une Inde qu’Albert Kahn côtoie, à travers ses plus grands esprits, tel le Prix Nobel Rabindranath Tagore, ou les Maharajahs Baroda et Kapurthala, qu’il reçoit dans sa propriété de Boulogne.
A la lumière de cette exposition, c’est une Inde infiniment complexe, infiniment variée, infiniment colorée, infiniment contradictoire, que nous découvrons. Nous serions tentés de dire : « infiniment humaine ».
Merci à Marie Corneloup et Sophie Couëtoux, les commissaires, pour l’originalité et l’intelligence de cette exposition.
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Albert Kahn était persuadé que la connaissance des cultures étrangères était le meilleur moyen d’entretenir entre les peuples des relations pacifiques.
C’est certainement vrai.
Mais il ne s’est pas contenté, comme beaucoup, d’en faire un discours, il en a fait une œuvre.
Cette œuvre, elle est unique. Elle constitue aujourd’hui un véritable trésor, que les Hauts-de-Seine ont reçu en héritage.
Notre devoir, à nous, c’est de la restituer au monde. De la faire vivre en faisant vivre ce lieu aussi singulier que magnifique. Ce résumé du monde de son époque.
« Il faut cultiver notre jardin », nous disait Voltaire.