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Yolande Fradet-Vallée (CP : Willy Labre/CG 92)
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Handicap et vulnérabilité
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Entretien avec Yolande Fradet-Vallée, psychomotricienne de formation et psychologue à l’Association des paralysés de France (APF).
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Parce qu’il s’agit de l’intégrité physique ou mentale de l’être humain, la vulnérabilité de la personne handicapée va bien au-delà de son "invalidité".
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- Hauts-de-Seine.net : En quoi la vulnérabilité de la personne handicapée est-elle particulière ?
- Yolande Fradet-Vallée : D’abord parce que, pour reprendre une formule de Jean-Pierre Chevance, psychologue à l’APF et lui-même handicapé, "le handicap constitue une blessure du corps et de l’esprit qui cicatrise plus ou moins bien".
C’est une forme d’humiliation, d’atteinte à l’estime de soi, qui génère chez la personne un sentiment permanent d’incomplétude. Dans le cas d’un handicap survenu à la suite d’une maladie ou d’un accident, il peut y avoir un véritable traumatisme psychique, le sentiment d’une rupture existentielle.
D’autre part, le handicap génère la dépendance, qui peut être physique, instrumentale, intellectuelle, ou psycho-affective. Cette dernière forme de dépendance se traduit par une tendance à chercher systématiquement de l’aide et de la protection, par des difficultés à prendre des initiatives, à faire des choix, à vivre seul(e), ce qui peut entraîner certaines attitudes de soumission ou de séduction qui infantilisent et vulnérabilisent considérablement la personne.
- Hauts-de-Seine.net : Comment aider la personne handicapée à progresser vers l’autonomie ?
- Yolande Fradet-Vallée :Pour accompagner efficacement ces personnes, il faut prendre en compte leur sentiment de frustration, respecter la traversée des processus liés au travail de deuil qu’impose le renoncement à des capacités qui ne sont plus, ou qu’elles n’ont jamais eues. Ce travail est infini, mais on peut aider la personne à se détacher de ses "manques" tout en investissant autrement son corps ou son intellect.
Je crois aussi qu’il faut réfléchir à la notion même d’autonomie. Beaucoup d’entre nous l’opposent à celle de dépendance. Mais alors, être autonome, ce serait être "indépendant" ? En réalité, personne ne peut prétendre être indépendant, par contre nous sommes tous interdépendants.
Nous avons tous, à un moment ou à un autre, besoin de la compétence des autres, dans des domaines où nous ne sommes pas compétents. C’est la même chose pour les personnes en situation de handicap : les aider à progresser vers l’autonomie, c’est les aider à composer avec leurs déficiences.
- Hauts-de-Seine.net : On parle aussi, parfois, de vulnérabilité des "aidants familiaux" qui entourent ces personnes handicapées : parents, frères et sœurs…
- Yolande Fradet-Vallée : Effectivement, les familles de personnes handicapées peuvent être en situation de grande vulnérabilité. Le handicap s’impose sans relâche, il y a des gestes à répéter en permanence… Il leur faut supporter le décalage entre la réalité et les espoirs qu’ils avaient pour l’avenir, l’impuissance à faire disparaître ou reculer le handicap, éventuellement la souffrance de leur proche, sans parler des regards d’autrui.
Humainement, il est inconcevable d’être toujours dans un processus d’hypervigilance et de don. Certains aidants craignent fréquemment de "craquer", de ne plus pouvoir supporter ce fardeau humain. Il faut leur proposer des solutions de répit suffisamment sécurisantes et respectueuses de la personne handicapée pour être acceptables par leurs familles.
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